Actualités et médias Faire face à la tempête : La logique durable de l'ESG à l'ère des vents contraires politiques  

31 mars 2025

Par Melissa Paris St-Amour, Senior Associate ESG

L'intégration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance ("ESG") dans les décisions d'investissement fait l'objet d'un examen de plus en plus minutieux. Des accusations d'écoblanchiment aux retraits très médiatisés des institutions financières mondiales de leurs engagements en matière de climat, les principes ESG se sont heurtés à des vents contraires au cours des derniers mois. Un mouvement d'opposition coordonné, en particulier aux États-Unis, soutenu par une législation contre les investissements ESG, a encore alimenté le scepticisme. 

Pourtant, la justification économique de l'intégration de critères de durabilité dans les décisions d'investissement reste convaincante : elle renforce la gestion prudente des risques et la gestion responsable du capital des investisseurs.  

Si les récents retraits publics des engagements climatiques ont fait la une des journaux du monde entier, à y regarder de plus près, ces actions ressemblent davantage à des reculs stratégiques qu'à des rejets fondamentaux des principes de durabilité. 

Il y a quelques semaines, The People's Pension, l'un des plus grands fonds de pension du Royaume-Uni, a retiré 28 milliards de livres sterling de State Street Global Advisors (SSgA) en invoquant, entre autres, un déséquilibre en matière de gestion du climat. Ce transfert n'est pas seulement symbolique, il est le signe d'une sophistication croissante du marché, qui fait la distinction entre une gestion authentique et des engagements superficiels. De la même manière, la PME aux Pays-Bas a reconsidéré cette année son mandat de 5 milliards d'euros avec BlackRock, suite à sa sortie de l'initiative Net Zero Asset Managers. 

Les coûts cachés - pertes de productivité, perturbations de la chaîne d'approvisionnement, augmentation des primes d'assurance et dépenses de santé publique - viennent s'ajouter à ces chiffres de manière significative.  

Les récents incendies de Los Angeles illustrent bien l'ampleur de la dévastation : au-delà des dégâts matériels, ils ont entraîné des fermetures d'entreprises, des perturbations du marché du travail, des risques pour la qualité de l'air et des coûts de remise en état des infrastructures à long terme qui éclipsent les dépenses immédiates liées aux secours en cas de catastrophe. L'action climatique, en particulier, ne doit pas être considérée comme un choix discrétionnaire, mais comme une tendance économique et commerciale irréversible, qui est déjà en train de remodeler le paysage concurrentiel dans pratiquement tous les secteurs critiques de l'économie.  

La caractérisation de l'action climatique comme une tendance économique irréversible mérite d'être développée. Nous assistons à des changements fondamentaux dans l'économie de l'énergie, les énergies renouvelables représentant désormais l'option la moins coûteuse pour la nouvelle production d'électricité sur la plupart des marchés mondiaux. Cette transition n'a pas été dictée par la politique, mais par les fondamentaux économiques, le coût marginal des énergies renouvelables continuant à baisser.  

Les industries qui résistent à l'adaptation sont confrontées à des risques d'actifs échoués, à un affaiblissement de la compétitivité et à une diminution de la confiance des investisseurs.  

Le secteur agricole illustre également cette dynamique, car la vulnérabilité climatique est immédiate et mesurable. La volatilité des rendements liée au climat a un impact direct sur les bilans. Les grandes entreprises agroalimentaires réorientent déjà leurs investissements vers les technologies d'adaptation au climat : systèmes d'irrigation de précision qui réduisent la dépendance à l'égard de l'eau, technologies de semences avancées qui renforcent la résistance aux conditions météorologiques extrêmes et pratiques de séquestration du carbone dans le sol qui améliorent la résistance à la sécheresse tout en créant des flux de recettes potentielles liées à la compensation carbone.  

Ces investissements ne sont pas idéologiques, mais constituent des réponses rationnelles à des risques commerciaux quantifiables.  

En outre, malgré des poches de résistance politique, les technologies climatiques restent un secteur à forte croissance, 2024 marquant une année record pour les investissements dans la transition énergétique - totalisant 2 000 milliards de dollars2. Le marché privé s'impose comme une force dominante dans le financement de la transition climatique, avec un taux de croissance annuel moyen de 17 %, dépassant la croissance de 11,9 % des marchés publics, les investissements dans les énergies renouvelables, le stockage de l'énergie et les infrastructures durables menant la charge. 3 

La métaphore du "pendule" permet de comprendre la dynamique de l'économie politique. En fin de compte, si certains acteurs ayant des intérêts profondément ancrés dans le secteur de l'énergie traditionnelle ont réussi à façonner les récits politiques et les paysages réglementaires à leur avantage, la logique scientifique et économique qui sous-tend l'intégration des risques matériels liés à la durabilité - y compris, mais sans s'y limiter, les considérations climatiques - reste claire. 

Les fondements de l'investissement ESG représentent une évolution naturelle, reconnaissant que la prospérité durable des marchés nécessite des systèmes de gouvernance qui répondent aux impératifs environnementaux, aux attentes sociales et aux interdépendances complexes d'une économie mondialisée. 

Le pendule semble s'orienter vers un retour de bâton. Pourtant, l'histoire suggère que de telles oscillations finissent par s'atténuer, les fondamentaux du marché s'imposant à nouveau par rapport au positionnement politique. La trajectoire actuelle du pendule peut être considérée comme le reflet de réalignements politiques temporaires, plutôt que comme une réévaluation de la réalité économique fondamentale.  

La distinction d'Emmanuel Faber entre "valeurs" et "valeur" cristallise l'argument économique fondamental. L'intégration de l'ESG n'est pas une question de positionnement moral - il s'agit plutôt de reconnaître que les limites écologiques et la licence sociale sont des contraintes commerciales matérielles. Les modèles avant-gardistes qui anticipent l'évolution de la réglementation, les contraintes en matière de ressources et les changements de préférences des consommateurs créent une économie et un avenir plus résilients pour les générations à venir.  

Le concept même d'obligation fiduciaire évolue pour reconnaître l'importance de l'intégration de divers paramètres non financiers. Cette évolution reconnaît qu'une gestion prudente des capitaux à long terme nécessite une évaluation complète des risques allant au-delà des mesures traditionnelles. Les propriétaires d'actifs ayant des obligations multigénérationnelles - tels que les fonds de pension - reconnaissent de plus en plus que la résilience des portefeuilles dépend de la gestion efficace des risques systémiques liés à la durabilité et au climat, qui ne peuvent être diversifiés par des stratégies d'allocation traditionnelles. Bien que les praticiens soient encore confrontés aux difficultés de l'investissement ESG, la direction à suivre est claire : les marchés de capitaux développent des mécanismes de plus en plus robustes pour quantifier les impacts environnementaux et sociaux précédemment externalisés.  

Dans ce contexte, l'investissement ESG reste non seulement défendable, mais essentiel, et il n'est pas considéré comme un centre de coûts, mais comme un différentiateur concurrentiel qui permet de réaliser des performances supérieures grâce à une gestion prudente des risques, à des incitations à l'innovation et à une efficacité opérationnelle accrue.  

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