Actualités et médias Quelles leçons le Royaume-Uni peut-il tirer du modèle canadien des pensions ?

10 juin 2024

Le PDG de Cordiant, Benn Mikula, a récemment donné une interview sur scène lors du Pensions Asset Allocation Summit organisé à Londres par SG Pensions Enterprise et intitulé "Canadian Perspective on Asset Allocation" (perspective canadienne sur l'allocation d'actifs).

L'interview de M. Benn s'est concentrée sur le modèle canadien des pensions, qui a depuis longtemps adopté une approche clairement axée sur le rendement pour transformer l'épargne en richesse. Le succès de ce modèle a été démontré grâce à la liberté d'allouer les actifs en fonction des meilleures opportunités de rendement, à l'importance des actifs alternatifs (tels que les infrastructures) et à l'apprentissage des ficelles du métier par le biais de partenariats avec des gestionnaires de fonds avant d'augmenter la quantité d'investissements directs.

En revanche, les fonds de pension britanniques - qu'ils soient à prestations définies (PD) ou à cotisations définies (CD) - sont confrontés à plusieurs défis dans la poursuite d'objectifs similaires, qu'il s'agisse d'obstacles réglementaires, d'instruments et de structures d'investissement ou du poids d'une culture réglementaire manifestement peu encline à prendre des risques.

M. Benn a voulu confronter cette anomalie et discuter des leçons qu'il pense pouvoir tirer de l'expérience canadienne. Vous pouvez lire la transcription complète de son interview ci-dessous.

QUESTIONS ET RÉPONSES : Stephen Glover s'entretient avec Benn Mikula, PDG de Cordiant Capital

Q : Bienvenue Benn et permettez-moi de commencer par vous inviter à décrire quelques-unes des principales caractéristiques du modèle de retraite canadien.

BM : Je vous remercie de m'accueillir et je suis heureux d'être ici pour discuter de ce sujet, que j'aborderai sous deux angles distincts. Tout d'abord, d'un point de vue général, je suis le PDG et l'associé gérant d'une entreprise canadienne fondée à l'origine par le Régime de retraite des enseignants de l'Ontario, qui a été aux premières loges du développement de ce que l'on appelle le "modèle canadien". Deuxièmement, j'aimerais faire un commentaire en tant que praticien : un investisseur dans les secteurs à croissance rapide de l'infrastructure et des actifs réels et qui lie cela à la création de rendements supérieurs pour les retraités, en stimulant le dynamisme, l'efficacité et la diversification de l'économie.

Ma société, Cordiant Capital, offrait à l'origine un accès spécifique au crédit privé pour l'infrastructure mondiale. Mes partenaires et moi-même l'avons rachetée au RREO il y a quelques années, lorsque ces activités ont été internalisées. Nous avons réorienté l'entreprise vers le marché intermédiaire et les investissements de croissance dans trois domaines spécifiques : l'infrastructure numérique, l'infrastructure de transition énergétique et la chaîne de valeur de l'agriculture. Bien que Londres soit aujourd'hui notre plus grand bureau, je peux mettre la main à la pâte et témoigner d'une expérience de première main avec le modèle canadien.

Qu'est-ce que le "modèle canadien" ? Les éléments les plus connus sont au nombre de trois :

  • L'accent est mis sur les rendements et la gouvernance est à l'avenant ;
  • l'échelle ; et
  • L'accent est mis sur les alternatives.

Les autres éléments notables qui font de ce modèle un modèle attractif sont les suivants :

  • Payer le personnel aux taux du marché, par exemple dans le domaine du capital-investissement ;
  • Former des partenariats significatifs avec des gestionnaires d'investissements alternatifs et se donner progressivement les moyens de réaliser des co-investissements ;
  • Un cadre réglementaire plus léger et plus souple
  • Sur-allocation au Canada pour profiter des connaissances et des contacts locaux afin d'obtenir des rendements supérieurs dans les domaines de l'infrastructure, du capital-investissement et du capital-risque.

Q : Quelle est la composition de l'actif d'un grand régime de retraite canadien - par exemple, le Régime des enseignants de l'Ontario ou l'Office d'investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC) ?

BM : Le Régime de pensions du Canada, d'une valeur de 632 milliards de dollars, et le Régime des enseignants de l'Ontario, d'une valeur de 245 milliards de dollars, ont des allocations d'infrastructure et de capital-investissement qui se situent autour de la barre des 40 %.

Les deux fonds sont surpondérés au Canada, car ils peuvent tirer parti des connaissances et des relations locales pour obtenir des rendements plus élevés : Le RREO représente près de 35 % du portefeuille.

Dans le cadre d'un régime de retraite britannique à prestations définies typique, l'allocation en produits alternatifs représente environ un tiers de ce niveau. Pour les régimes à cotisations définies, ce chiffre est beaucoup plus bas, les fonds communs de placement ne représentant en moyenne que 3 %*.

Il n'en a pas toujours été ainsi. En me préparant pour aujourd'hui, j'ai lu un document universitaire datant des années 1990, qui faisait l'éloge du fait que les pensions britanniques étaient les premières au monde à assumer un risque prudent pour générer des rendements plus élevés, avec des allocations en actions supérieures à 70 %. Il est clair que les temps ont changé et que cela a eu un impact profond sur les épargnants. On estime qu'un retraité disposant d'un capital de 100 000 livres serait, au cours d'une décennie, mieux loti de 26 000 livres s'il avait investi dans le Régime de pensions du Canada que dans un régime britannique moyen. Les approches réglementaires y sont pour beaucoup.

Q : Quels sont les facteurs et les moteurs qui ont permis aux régimes canadiens d'engager depuis longtemps un pourcentage aussi élevé d'actifs dans les produits de substitution et les produits non liquides ?

BM : L'augmentation du rendement grâce à l'investissement dans les produits alternatifs est largement connue, ce qui l'explique en grande partie. Au fil du temps, cela a également permis aux fonds canadiens de réduire leurs frais en acquérant les compétences nécessaires pour investir directement dans les transactions, sans passer par des fonds. Il faut du temps pour développer cette compétence - pour le faire à grande échelle, il faut de l'expertise - et les grands fonds canadiens y sont parvenus en s'associant à des gestionnaires de fonds spécialisés pendant de nombreuses années. En d'autres termes, les fonds de pension ne se sont pas lancés directement dans les co-investissements. Ils ont noué des relations et, au fur et à mesure que leur expertise augmentait, leur spécialisation s'est accrue, ce qui a permis d'obtenir des rendements supérieurs.

En bref, alors que d'autres marchés se sont repliés sur un modèle de "sécurité d'abord", l'approche canadienne de "rendement d'abord" a évolué et prospéré.

On ne peut pas en dire autant de son homologue britannique.

Q : Si l'on compare le Canada au Royaume-Uni, une grande partie de la différence ne s'explique-t-elle pas par le fait que la plupart des régimes de retraite à prestations définies des entreprises britanniques sont fermés aux nouveaux affiliés ?

BM : C'est une question flatteuse, qui suppose que je suis un stratège des pensions comme l'orateur précédent. Je suis cependant un investisseur en capital-investissement qui se concentre sur l'achat de plateformes, leur investissement pour la croissance et la création d'entreprises plus grandes et plus prospères.

Je reconnais que de nombreux régimes d'entreprise à prestations définies sont fermés et que l'expression "sous la pression de l'autorité de réglementation" est un refrain courant. Toutefois, les régimes publics et les régimes à cotisations définies ne sont pas confrontés à cette situation. Je pense que l'une des principales raisons pour lesquelles on constate une différence entre les régimes de retraite du Canada et du Royaume-Uni est une différence d'attitude, en particulier en termes d'allocation de fonds alternatifs.

J'aimerais partager une citation que j'ai trouvée récemment de Julia Hoggett, PDG de la LSE, sur l'investissement dans les infrastructures et les fonds propres de croissance :Nous ne demandons pas une prise de risque radicale, nous demandons simplement que nos fonds de pension fassent ce que d'autres fonds établis (tels que) [...] l'Office d'investissement du RPC au Canada font [...] Mais d'une certaine manière, nous sommes arrivés à un point où nous avons cessé de le faire, et nous avons ensuite créé un discours selon lequel il s'agit d'une prise de risque extrême [...] Je pense qu'il est risqué de ne pas investir dans notre propre avenir".  

La remarque de Mme Hoggett est un lien utile avec un point que j'ai soulevé lors d'un séminaire ville/gouvernement organisé par Cordiant avec le CPS, ainsi que dans un article d'opinion paru il y a quelques semaines, à savoir la nécessité de tempérer la culture réglementaire de la "sécurité d'abord" au Royaume-Uni.

Permettez-moi de vous donner un exemple. Beaucoup d'entre vous, qui travaillent dans le secteur privé ou à revenu fixe, n'accordent probablement pas beaucoup d'attention aux fonds d'investissement. Pourtant, ce secteur d'un quart de billion de livres (tristement réduit par rapport à l'année dernière) est un pilier de la Bourse de Londres et a, pendant 150 ans, dirigé des capitaux vers des alternatives telles que le câble transatlantique de Marconi. Pourtant, aujourd'hui, la machine réglementaire de la FCA pénalise les trusts en les obligeant à déclarer les frais de manière illogique et exagérée et bloque le flux d'argent DC dans le secteur.

Les fonds fiduciaires sont peu coûteux et offrent une excellente gouvernance. Si les fonds se développent suffisamment, ils offrent une bonne liquidité. Compte tenu de leur taille et de leur liquidité, les fiducies qui investissent dans les infrastructures et le capital de croissance privé pourraient constituer une excellente décision d'allocation pour les régimes à cotisations définies. Pourtant, d'une manière ou d'une autre, la communauté des régimes à cotisations définies se voit proposer le LTAF, qui est l'exemple même du cheval conçu par un comité.

Et si les régimes de retraite à cotisations définies s'associaient aux plus grands fonds d'investissement alternatifs pour créer des fonds de plusieurs milliards de livres sterling offrant une liquidité quotidienne substantielle et conservant la structure de frais et de gouvernance existante et attrayante ? Le fonds numérique de Cordiant, qui a levé 800 millions de livres au cours des trois dernières années, est en mesure d'engranger des milliards supplémentaires et accueillerait volontiers des partenariats avec les caisses de retraite. (Pour éviter toute ambiguïté, nous serions également heureux de recevoir de l'argent dans nos fonds GP/LP à capital fixe).

Je terminerai cette réponse un peu longue en citant l'économiste Sir John Kay, à propos de la réglementation britannique sur les retraites "safety first" (sécurité d'abord). C'est "l'une des grandes catastrophes évitables de la politique publique britannique [...] un système qui fonctionnait plutôt bien a été remplacé par [un régime réglementaire] qui a limité les stratégies d'investissement et a effectivement tué les régimes à prestations définies du secteur privé britannique". 

La culture palpable de la "sécurité d'abord" et de l'absence de risque dans ce pays est tout d'abord motivée par des orientations réglementaires, une série de règles imbriquées qui mettent l'accent sur les coûts et la protection des investisseurs, ainsi que sur des exigences irréalisables en matière de liquidité, plutôt que sur des rendements supérieurs, le dynamisme et la création de richesse.

Q : Pourquoi êtes-vous ici si la réglementation est si difficile ?

BM : Tout simplement les gens. Nous avons des gens extrêmement talentueux ici à Londres, qui réussissent en dépit d'une réglementation difficile et compliquée qui a malheureusement affaibli la LSE.  

Q : Veuillez décrire brièvement quelques-unes des opportunités d'investissement dont les régimes de retraite britanniques pourraient, selon vous, tirer davantage parti et ce qu'ils devraient faire pour y accéder.

BM : Tout d'abord, il faudrait allouer un pourcentage plus important aux alternatives, en particulier au capital de croissance et aux infrastructures ciblées sur des domaines tels que l'économie numérique, la transition et la sécurité énergétiques, la sécurité alimentaire, l'amélioration des transports et [des solutions de logement innovantes pour l'évolution des cohortes du millénaire et de la génération Z].

Deuxièmement, les fonds pourraient combiner échelle et connaissance locale pour obtenir des rendements supplémentaires par le biais ou en partenariat avec des gestionnaires capables de déployer la connaissance locale du Royaume-Uni pour obtenir des rendements plus élevés.

Troisièmement, les allocations aux méga-fonds de rachat et d'infrastructure pourraient diminuer et les allocations aux gestionnaires capables de se concentrer sur la croissance et le marché intermédiaire pourraient augmenter. Cela permettrait de diversifier les sources de MOC et de TRI.

Enfin, elle pourrait se concentrer sur le développement de la LSE, qui est un élément essentiel de l'écosystème financier britannique. Réussir à relier le complexe des fonds d'investissement alternatifs aux plans à cotisations définies serait une formidable victoire pour les retraités et pour le pays.

*3 % dans l'infrastructure pour les membres du fonds par défaut qui sont à 20 ans de la retraite (Pensions Policy Institute)

Références :

Logo
Aperçu du respect de la vie privée

Ce site Web utilise des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations des cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site web et aider notre équipe à comprendre quelles sections du site web vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

>